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Alerte Entreprises NièvreArnaques, fraudes et vols : repérer, éviter, réagir

Signaler une arnaque : quelle plateforme choisir selon la situation

Par Claire MorvillardMis à jour le 3 novembre 202611 min de lecture

Signaler une arnaque : quelle plateforme choisir selon la situation

L'essentiel

  • Il n'existe pas une plateforme unique pour signaler une arnaque : le bon canal dépend du support (site, SMS, email, carte bancaire, cyberattaque)
  • Pharos reçoit les contenus frauduleux sur internet, Perceval les fraudes à la carte bancaire, le 33700 les SMS, Signal Spam les emails et URL suspectes
  • 17Cyber est le bon réflexe quand on ne sait pas encore qualifier l'attaque qui touche l'entreprise
  • THESEE permet de déposer plainte en ligne pour certaines escroqueries sur internet, en complément du signalement
  • Dans tous les cas, alerter sa banque reste la première action, avant même le signalement officiel

Il n'existe pas un seul endroit où signaler une arnaque : le bon canal dépend de ce qui s'est passé, pas de l'intensité de la colère ou de la panique. Un contenu frauduleux publié sur internet se signale à Pharos, une carte bancaire piratée passe par Perceval, un SMS suspect se transfère au 33700, et une attaque dont on ne comprend pas encore la nature se confie à 17Cyber. Un artisan qui reçoit un mail imitant sa banque un vendredi soir, clique par réflexe, puis se rend compte dix minutes plus tard que quelque chose cloche : il perd un temps précieux s'il cherche "porter plainte" avant de faire opposition. Cet article fait le tri entre les plateformes officielles qui existent en France pour signaler une arnaque visant une entreprise, explique pour quel cas précis chacune sert, et donne l'ordre des gestes à suivre pour limiter les dégâts, du premier réflexe jusqu'au dépôt de plainte.

Quelle plateforme pour quelle situation : le tableau de référence

Avant d'entrer dans le détail de chaque service, voici un repère rapide. Il ne remplace pas les sections suivantes, mais il permet de ne pas perdre de temps au moment où une arnaque vient d'être détectée.

SituationPlateforme ou démarcheCe qu'elle fait
Site, annonce ou contenu frauduleux sur internetPharos (internet-signalement.gouv.fr)Signalement d'un contenu illicite, transmis aux services compétents
Fraude à la carte bancairePercevalSignalement en ligne traité par la gendarmerie nationale, via FranceConnect
SMS frauduleux reçu sur un téléphone professionnel33700Transfert gratuit du SMS pour signalement
Email piégé ou URL suspecte reçue par mailSignal SpamSignalement, blocage possible de l'URL, transmission à la DGCCRF ou au procureur
Cyberattaque dont la nature n'est pas encore identifiée17CyberDiagnostic en ligne et recommandations, assistance 24h/24 et 7j/7
Escroquerie en ligne constituée (somme versée, données volées)THESEE ou commissariat/gendarmerieDépôt de plainte, en ligne pour certaines escroqueries sur internet ou en personne
Données personnelles détournées, abus de vidéosurveillanceCNILRéclamation distincte, hors du champ des plateformes de signalement de fraude

Un site ou un contenu frauduleux sur internet : le signalement Pharos

Pharos est le point d'entrée quand l'arnaque prend la forme d'un contenu publié en ligne : un faux site administratif qui réclame un paiement, une fausse page de banque qui imite une vraie interface, une annonce frauduleuse, ou tout contenu internet que l'on juge illégal. Service Public l'indique sans détour dans sa fiche sur l'escroquerie : « Vous pouvez également signaler un contenu frauduleux sur internet sur le site Pharos. » Le signalement se fait via internet-signalement.gouv.fr, et il a pour objet de faire remonter le contenu aux services compétents, afin qu'il puisse être retiré ou traité.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que Pharos signale un contenu, pas une perte d'argent. Si une entreprise a identifié un faux site qui usurpe son image, ou si un dirigeant tombe sur une page frauduleuse qui imite un organisme officiel, c'est l'outil adapté. En revanche, si de l'argent a déjà été transféré, le signalement du contenu ne suffit pas : il faut en parallèle alerter la banque et envisager une plainte, décrites plus bas dans cet article.

Une carte bancaire piratée ou un paiement frauduleux : Perceval

Quand une opération par carte bancaire apparaît sur un compte professionnel sans que personne dans l'entreprise ne l'ait réalisée, le réflexe officiel est double : alerter immédiatement la banque pour tenter d'annuler l'opération, puis effectuer un signalement en ligne via Perceval. Ce service, accessible depuis Service Public avec FranceConnect, est traité par la gendarmerie nationale. Le signalement en ligne doit ensuite être confirmé par écrit pour que l'opposition sur la carte soit effective.

Un détail que beaucoup ignorent : Service Public précise que l'annulation de l'opération par la banque se fait « sans garantie de succès ». Perceval ne remplace donc pas l'opposition bancaire, il la complète en créant une trace officielle du signalement, utile notamment si un dépôt de plainte suit.

Une escroquerie à signaler en ligne : THESEE et le dépôt de plainte

Pour certaines escroqueries commises sur internet, il est possible de porter plainte en ligne via THESEE, sans se déplacer dans un premier temps. La plainte y est rédigée, validée, puis signée électroniquement par un policier, avant d'être transmise à la Police nationale. C'est un complément au signalement, pas un substitut : signaler un contenu à Pharos ou une transaction à Perceval ne vaut pas plainte, et c'est la plainte, par exemple via une constitution de partie civile, qui permet d'envisager une indemnisation.

Dans quel ordre agir quand une escroquerie est constituée

Voici l'enchaînement recommandé lorsqu'une entreprise a été trompée et qu'un bien, un service ou de l'argent lui a été soutiré :

  1. Alerter immédiatement la banque, pour tenter de suspendre ou d'annuler l'opération en cours.
  2. Faire le signalement adapté au support de l'arnaque : Pharos pour un contenu, Perceval pour une carte bancaire, 33700 pour un SMS, Signal Spam pour un email.
  3. Conserver toutes les preuves : messages, captures d'écran, relevés bancaires, coordonnées utilisées par l'escroc.
  4. Déposer plainte, en ligne via THESEE si l'escroquerie y est éligible, ou au commissariat, en gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République.
  5. Envisager, si une somme a été perdue, une constitution de partie civile pour demander réparation du préjudice.

Service Public rappelle que les commissariats et gendarmeries sont obligés d'enregistrer une plainte, quel que soit le montant en jeu ou la complexité apparente du dossier.

Un SMS frauduleux reçu sur un téléphone professionnel : le 33700

Un gérant de petite entreprise reçoit un SMS annonçant un colis bloqué faute de paiement d'une taxe de quelques euros, avec un lien à ouvrir dans l'heure. Le réflexe à avoir n'est pas de cliquer, ni de rappeler le numéro indiqué, mais de transférer le SMS, gratuitement, au 33700. Ce service est le canal dédié au signalement des SMS frauduleux en France. Le message transféré permet d'alimenter la lutte contre les campagnes de SMS frauduleux, même si le signalement ne garantit pas une réponse individuelle.

Si des informations bancaires ont déjà été communiquées à la suite du SMS, le signalement au 33700 ne remplace pas l'opposition bancaire : les deux démarches sont complémentaires et doivent être faites sans attendre l'une ou l'autre.

Un email ou une URL douteuse : Signal Spam

Pour un email qui ressemble à du hameçonnage, qui imite une administration ou un fournisseur, le service Signal Spam permet de signaler le message et l'URL qu'il contient. Service Public décrit le fonctionnement : à la suite du signalement, les agents de Signal Spam peuvent « immédiatement bloquer l'accès à l'URL signalée pour protéger l'ensemble des utilisateurs de Signal Spam ». Si la personne qui signale le souhaite, son dossier peut être transmis aux autorités compétentes, par exemple le procureur de la République ou la DGCCRF, et dans ce cas le signalement reste anonyme.

Deux parcours existent selon que l'on est déjà inscrit sur Signal Spam ou non, Service Public renvoyant vers une foire aux questions pour les détails pratiques. Un point à retenir : la personne qui signale « n'est pas informée des suites données à son signalement ». Il ne faut donc pas attendre un retour individuel pour décider d'agir par ailleurs, par exemple en changeant un mot de passe ou en alertant un fournisseur dont l'identité aurait été usurpée.

Une cyberattaque sur l'entreprise, ou un doute sur sa nature : 17Cyber

Il arrive qu'une entreprise constate un problème informatique sans savoir immédiatement s'il s'agit d'un rançongiciel, d'un piratage de messagerie ou d'une simple panne. C'est précisément le cas d'usage de 17Cyber, un service proposé par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et cybermalveillance.gouv.fr. Le principe : répondre à quelques questions en ligne pour déterminer l'attaque en cours, puis recevoir des recommandations adaptées, qu'il s'agisse d'hameçonnage, de piratage ou de virus informatique. Le service fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

En cas d'urgence réelle, par exemple une attaque en train de se propager ou une intrusion constatée en direct, 17Cyber lui-même renvoie vers le 17 ou le 112, et vers le 114 par SMS pour les personnes qui ont des difficultés à parler ou à entendre. 17Cyber n'est donc pas le numéro d'urgence lui-même, mais le point d'entrée pour comprendre ce qui se passe et savoir ensuite qui contacter, y compris pour une attaque de type rançongiciel, où la règle reste la même : ne jamais payer la rançon, déconnecter les machines touchées du réseau, et alerter le service ou le prestataire informatique de l'entreprise.

Un litige avec un professionnel identifiable : la DGCCRF

Toutes les arnaques ne mettent pas en scène un anonyme. Quand l'entreprise a affaire à un professionnel identifiable, par exemple un faux annuaire professionnel qui facture une inscription inutile ou un prestataire qui ne livre jamais ce qu'il a facturé, le signalement relève davantage de la DGCCRF que des plateformes précédentes. La DGCCRF décrit elle-même ce type de pratiques dans sa fiche sur les annuaires professionnels : offres présentées comme exceptionnelles après un démarchage téléphonique, publipostages qui ressemblent à des documents officiels, ou tentative de faire croire qu'une inscription payante serait obligatoire alors que l'accès à la commande publique reste libre et gratuit. Le recours alors recommandé est une plainte pour pratique commerciale trompeuse auprès de la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP), ou, si l'auteur est basé à l'étranger, une plainte pour escroquerie auprès de la police ou du procureur.

Ce distinguo compte : signaler un litige commercial à Pharos, qui traite des contenus illicites, n'a pas de sens, de même qu'il est inutile d'attendre d'un signalement Signal Spam qu'il traite une facture abusive envoyée par courrier postal. Chaque canal a un périmètre précis, et l'un des pièges les plus fréquents consiste à multiplier les signalements au mauvais endroit en pensant augmenter ses chances, alors qu'un seul bon canal, utilisé correctement, suffit.

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L'erreur qui coûte cher

Attendre le signalement en ligne avant d'appeler la banque est l'erreur la plus fréquente. Un signalement Pharos, Perceval, 33700 ou Signal Spam fait remonter l'information et crée une trace officielle, mais aucun de ces services n'intervient en temps réel pour bloquer un virement ou annuler un paiement en cours. Seule la banque peut tenter cette action, et seulement si elle est alertée dans les tout premiers instants. Le signalement vient après, pour la trace, la prévention collective, et parce qu'il est souvent demandé lors du dépôt de plainte.

Un exemple concret pour fixer les idées

Sophie dirige une petite entreprise de menuiserie près de Decize. Un lundi matin, elle reçoit un email qui semble venir de sa banque, annonçant un blocage de compte et demandant de cliquer sur un lien pour "réactiver l'accès". Le lien ressemble à celui de sa vraie banque, mais l'adresse exacte, une fois vérifiée, ne correspond pas. Sophie n'a rien saisi sur la page, mais elle a cliqué par curiosité. Dans sa situation, trois gestes s'imposent dans l'ordre : vérifier auprès de sa banque, par ses propres canaux habituels, qu'aucune opération suspecte n'est en cours ; signaler l'email via Signal Spam, pour qu'il puisse être bloqué pour d'autres utilisateurs et transmis si besoin à la DGCCRF ou au procureur ; et, si elle a un doute sur la sécurité de son ordinateur après avoir cliqué sur le lien, utiliser le diagnostic 17Cyber pour savoir si une vérification technique s'impose. Aucune de ces trois démarches ne remplace les deux autres : elles se complètent.

Pourquoi signaler, même sans espoir immédiat de récupérer l'argent

Un signalement ne garantit presque jamais une récupération immédiate de l'argent perdu, et il serait malhonnête de le présenter autrement. Service Public le dit pour l'opposition bancaire elle-même, qui n'a « pas de garantie de succès », et les plateformes de signalement n'informent généralement pas la personne qui signale des suites données à son dossier. Pourtant, signaler reste utile pour trois raisons concrètes. D'abord, un contenu bloqué via Signal Spam ou retiré après un signalement Pharos ne piège plus personne d'autre. Ensuite, les signalements groupés sur un même mode opératoire permettent aux autorités de repérer des campagnes et d'agir plus largement que sur un cas isolé. Enfin, un dossier de signalement constitue une preuve datée, utile au moment de déposer plainte ou de demander une indemnisation.

Et c'est peut-être le point le plus mal compris : signaler n'est pas porter plainte, mais ne pas signaler n'aide pas non plus à porter plainte dans de meilleures conditions. Les deux démarches se construisent ensemble, pas l'une à la place de l'autre.

Questions fréquentes

Dois-je signaler une arnaque même si je n'ai perdu aucune somme ?

Oui, cela reste utile. Un contenu frauduleux signalé à Pharos ou une URL bloquée via Signal Spam protège d'autres personnes, même si l'entreprise qui signale n'a subi aucune perte financière directe.

Que faire si je ne sais pas quelle plateforme choisir ?

En cas de doute sur la nature de l'attaque, notamment pour un problème informatique, 17Cyber propose un diagnostic en ligne qui aide à déterminer la bonne démarche à suivre ensuite.

Le signalement remplace-t-il le dépôt de plainte ?

Non. Pharos, Perceval, le 33700 ou Signal Spam servent à signaler un fait ou un contenu. Pour une escroquerie constituée, avec perte d'argent ou de données, une plainte reste nécessaire, en ligne via THESEE pour certaines escroqueries sur internet, ou au commissariat, en gendarmerie, ou par courrier au procureur.

Puis-je signaler de façon anonyme ?

Pour Signal Spam, Service Public précise que si le signalement est transmis aux autorités compétentes comme le procureur ou la DGCCRF, il reste anonyme. Les autres plateformes ont leurs propres règles de confidentialité qu'il faut vérifier au moment du signalement.

Que faire si une entreprise identifiable m'a trompé, sans que ce soit un site anonyme ?

Dans ce cas, la DGCCRF est plus adaptée que Pharos, qui concerne les contenus illicites. Elle traite notamment les pratiques commerciales trompeuses, comme les faux annuaires professionnels.

Dois-je signaler avant ou après avoir appelé ma banque ?

La banque d'abord, systématiquement. Le signalement en ligne, quel que soit le service, ne bloque aucune opération en cours : seule la banque peut tenter cette action, et uniquement si elle est prévenue tout de suite.

Je ne crois pas qu'il existe une plateforme miracle qui résolve une arnaque en un clic, et je trouve même dangereux de le laisser penser. Ce qui fonctionne, c'est de connaître à l'avance le bon canal pour chaque situation, pour ne pas le chercher dans la panique, et de ne jamais oublier que le signalement vient en complément de l'appel à la banque, pas à sa place. Pour aller plus loin sur ce que l'on peut concrètement récupérer après une escroquerie, ou sur la manière de porter plainte pour escroquerie, les articles de la rubrique Arnaques détaillent chaque démarche pas à pas, y compris pour reconnaître un mail piégé ou un SMS frauduleux avant d'en arriver au signalement.

Retrouvez tous les réflexes contre les arnaques qui visent les entreprises sur la page d'accueil.

Vous pensez avoir été victime ?

  1. Agissez vite pour limiter la perteAppelez votre banque pour tenter de bloquer ou de rappeler le paiement, faites opposition sur la carte ou les chèques, changez les mots de passe exposés.
  2. Gardez les preuves et portez plainteMessages, factures, relevés, captures d'écran : tout sert. Plainte au commissariat, à la gendarmerie, par courrier au procureur ou en ligne pour certaines escroqueries sur internet. Le détail : porter plainte pour escroquerie.
  3. Faites-vous aider et signalez17Cyber pour une attaque informatique, Info Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit), 33700 pour un SMS frauduleux. Urgence : 17 ou 112.