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Alerte Entreprises NièvreArnaques, fraudes et vols : repérer, éviter, réagir

Fraude au président : comment elle fonctionne et comment la bloquer

Par Claire MorvillardMis à jour le 30 septembre 202611 min de lecture

Fraude au président : comment elle fonctionne et comment la bloquer

L'essentiel

  • La fraude au président consiste à usurper l'identité d'un dirigeant pour obtenir un virement urgent et confidentiel vers un compte inconnu
  • Trois ressorts reviennent presque toujours : l'urgence, la confidentialité et l'autorité hiérarchique
  • Un rappel téléphonique sur un numéro déjà enregistré en interne, jamais celui fourni dans le message reçu, déjoue la majorité des tentatives
  • Dès le moindre doute, alerter la banque avant d'exécuter le virement reste le seul geste qui peut encore l'arrêter
  • Après les faits, banque, plainte et preuves conservées conditionnent une éventuelle récupération des fonds

La fraude au président consiste à se faire passer pour le dirigeant d'une entreprise, ou pour un tiers de confiance comme un avocat ou un fournisseur, afin d'obtenir d'un salarié habilité un virement bancaire présenté comme urgent et confidentiel. Une entreprise de métallurgie en Haute-Marne a ainsi perdu 300 000 euros dans cette escroquerie, pendant qu'un promoteur parisien en perdait 38 millions la même année. Ce guide détaille le mécanisme exact de la fraude, les signaux qui doivent alerter un salarié avant qu'il ne signe l'ordre de virement, la marche à suivre dans l'heure qui suit la découverte de l'arnaque, et les procédures internes qui limitent réellement le risque dans une entreprise industrielle ou du BTP.

Qu'est-ce que la fraude au président ?

La fraude au président, aussi appelée faux ordre de virement international ou FOVI, consiste pour un escroc à contacter une entreprise cible en se faisant passer pour le président de la société mère ou du groupe, selon la définition de la DGCCRF. Le contact se fait par courriel ou par téléphone. Après quelques échanges destinés à instaurer la confiance, le fraudeur demande la réalisation d'un virement international non planifié, présenté comme urgent et confidentiel. La société sollicitée s'exécute après avoir reçu les références du compte étranger à créditer.

La CNIL précise que le faux ordre de virement peut combiner plusieurs techniques : convaincre un dirigeant ou une personne décisionnaire de transférer de l'argent, ou modifier au préalable les coordonnées bancaires d'un bénéficiaire légitime pour détourner à son profit un paiement attendu par un fournisseur. Cette escroquerie peut toucher n'importe quelle entreprise, quels que soient sa taille et son secteur d'activité.

L'appellation « fraude au président » vient du scénario le plus connu, où l'escroc usurpe l'identité du dirigeant lui-même. Mais cybermalveillance.gouv.fr rappelle qu'il ne s'agit que d'une variante de la FOVI : une autre consiste à usurper l'identité d'un fournisseur pour communiquer un nouveau RIB, une autre encore à usurper l'identité d'un salarié pour faire virer son salaire vers un compte détourné.

Comment se déroule une fraude au président, étape par étape ?

La CNIL décrit un mode opératoire en trois phases qui se retrouve dans la quasi-totalité des dossiers connus.

1. La phase d'analyse : l'attaquant récupère des informations publiées sur internet, le site de l'entreprise, les réseaux sociaux, les organigrammes en ligne, pour comprendre le secteur d'activité, les clients, les fournisseurs et surtout la chaîne de décision. Il cherche à savoir qui, dans l'entreprise, est habilité à valider un virement.

2. La création d'un faux nom de domaine ou l'usurpation d'une boîte mail : l'attaquant enregistre un nom de domaine très proche de celui de l'entreprise ciblée, par typosquattage (une lettre changée, comme si c'était une faute de frappe) ou par cybersquattage (une extension différente, .com au lieu de .fr). Il peut aussi accéder frauduleusement à une messagerie interne déjà piratée, ce qui rend le courriel envoyé encore plus difficile à repérer.

3. L'envoi d'un message d'hameçonnage ciblé : un courriel ou un appel très spécifique, en se faisant passer pour un dirigeant, un avocat mandaté par la direction ou un fournisseur habituel, demande un règlement urgent, un changement de coordonnées bancaires ou le paiement d'une facture qui paraît légitime.

VarianteCe que fait l'escrocCe qui doit alerter
Fraude au président classiqueSe fait passer pour le dirigeant, demande un virement urgent et confidentielDiscrétion exigée, refus d'en parler à un supérieur, montant inhabituel
Faux fournisseur, changement de RIBEnvoie une facture ou un message annonçant un nouveau compte bancaireRIB jamais utilisé auparavant, reçu par simple message
Faux salariéDemande le changement des coordonnées bancaires de versement du salaireDemande transmise par mail sans contact direct avec le service RH
Fausse administrationUsurpe la DGFIP ou une autre administration pour obtenir des informations puis se retourne contre les clientsSceaux et références à des articles de loi dans un message non sollicité

Quels signaux doivent alerter avant d'exécuter un virement ?

Le mécanisme de la fraude au président repose sur trois ressorts qui reviennent dans la quasi-totalité des cas : l'urgence, la confidentialité et l'autorité hiérarchique. L'escroc met la pression pour que la victime agisse avant de vérifier, en excluant toute discussion avec un tiers.

Plusieurs signaux concrets doivent alerter un salarié habilité à effectuer des virements : une demande venant d'un interlocuteur avec lequel il n'a habituellement aucun contact direct, une opération contraire aux procédures internes de l'entreprise, des menaces ou au contraire des flatteries insistantes, des fautes d'orthographe ou une adresse mail proche de l'adresse authentique mais légèrement différente, ou encore une sollicitation reçue pendant une période de congés, quand les responsables habituels sont absents. Un changement de coordonnées bancaires d'un fournisseur ou d'un client, une opération financière inhabituelle comme un rachat de société, ou l'évocation d'un contrôle fiscal en cours, sont également des prétextes fréquemment utilisés pour justifier l'urgence.

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Le réflexe qui sauve

Face à toute demande de virement inhabituelle, raccrocher et rappeler l'interlocuteur sur un numéro déjà enregistré dans l'entreprise, jamais celui indiqué dans le message ou fourni par la personne qui appelle. Le canal de vérification doit toujours être différent du canal utilisé pour la demande : si le message vient par mail, la vérification se fait par téléphone sur un numéro connu, jamais en répondant au mail ou en composant le numéro qu'il contient.

Un exemple concret pour comprendre le piège

Sylvie, responsable administrative d'une entreprise de mécanique industrielle d'une trentaine de salariés, reçoit un mail marqué « confidentiel », signé du nom du président du groupe. Le message évoque le rachat discret d'un concurrent à l'étranger et lui demande de préparer un virement dans la journée, en lui précisant qu'un avocat du dossier va la contacter pour valider les modalités. Une heure plus tard, un homme se présentant comme cet avocat l'appelle, insiste sur le caractère stratégique et confidentiel de l'opération, et lui fournit un IBAN à l'étranger. Sylvie hésite, trouve la demande inhabituelle par rapport aux procédures de l'entreprise, et décide de rappeler directement le président sur son portable habituel, plutôt que de répondre au mail ou de composer un numéro fourni par l'appelant. Le dirigeant confirme n'avoir jamais envoyé un tel message : le virement n'est jamais parti.

Que faire immédiatement en cas de virement déjà exécuté ?

Cybermalveillance.gouv.fr détaille une marche à suivre en six étapes pour une entreprise victime d'une fraude au virement bancaire.

1. Identifiez sans délai tous les virements exécutés, en instance ou à venir vers les coordonnées bancaires frauduleuses, informez la hiérarchie et le service comptable, et demandez le blocage immédiat de ces coordonnées dans les applications métiers de l'entreprise.

2. Alertez immédiatement la banque de la transaction frauduleuse et demandez le retour des fonds : un dépôt de plainte sera généralement exigé pour appuyer cette demande, sans garantie de succès.

3. Si le virement n'a pas encore été exécuté, contactez sans délai le service comptable ou le cabinet comptable pour suspendre l'opération.

4. Conservez toutes les preuves : numéros de téléphone utilisés par l'escroc, messages, mails, ordres de virement, factures reçues. Ces éléments serviront à la fois pour la banque et pour la plainte.

5. Si la fraude fait suite au piratage d'une messagerie, changez immédiatement le mot de passe concerné, activez la double authentification si elle est disponible, et vérifiez l'absence de règles de redirection ajoutées frauduleusement dans la boîte mail.

6. Déposez plainte au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie de votre choix, qui sont obligés de l'enregistrer, ou par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire dont vous dépendez. Le dépôt de plainte doit intervenir le plus vite possible après la découverte de l'escroquerie.

Qui contacterPour quoi faireDélai conseillé
Banque de l'entrepriseBloquer ou tenter un retour des fondsImmédiatement, avant toute autre démarche
Commissariat ou gendarmerieDéposer plainte, obtenir un récépissé utile pour la banqueDans les tout premiers jours
Avocat spécialisé (facultatif)Aider à contacter une banque étrangère pour tenter de récupérer les fonds transférés à l'étrangerDès que la piste d'un compte à l'étranger est identifiée
Service informatique interneVérifier une éventuelle messagerie piratée, changer les mots de passeImmédiatement si un piratage est suspecté

Comment prévenir la fraude au président dans une entreprise industrielle ou du BTP ?

La prévention repose d'abord sur la sensibilisation des personnes habilitées à effectuer des virements : comptables, responsables administratifs, assistants de direction, mais aussi le standard ou les commerciaux, qui peuvent involontairement fournir des informations utiles aux escrocs. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de diffuser des procédures claires sur l'authentification des émetteurs et la confirmation des demandes de virement imprévues, et de mettre en place une validation hiérarchique interne non dérogeable pour tout virement inhabituel ou changement de coordonnées bancaires.

Limiter la publication d'informations qui permettent d'identifier les collaborateurs habilités à réaliser des virements, sur le site de l'entreprise ou les réseaux sociaux, réduit la capacité des escrocs à cibler la bonne personne. La CNIL ajoute qu'une veille sur les noms de domaine proches de celui de l'entreprise, réservés dès la création de la marque, limite le risque de typosquattage.

Une procédure de contre-signature pour tout virement au-delà d'un certain montant, associée à une règle stricte de rappel téléphonique sur un numéro connu avant toute exécution d'un ordre inhabituel, reste la mesure la plus citée par les organismes officiels. Généraliser des mots de passe solides et la double authentification pour les comptes de messagerie limite le risque qu'une fraude soit facilitée par un piratage préalable de la boîte mail d'un dirigeant ou d'un salarié.

La vérification du bénéficiaire des virements change-t-elle la donne ?

Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques de la zone euro doivent proposer un système de vérification du bénéficiaire, ou VoP (Verification of Payee), en application du règlement européen 2024/886, selon Service Public. Ce dispositif gratuit vérifie que le nom saisi par la personne qui effectue le virement correspond bien à l'IBAN du compte destinataire, pour les virements classiques comme pour les virements instantanés.

La banque renvoie l'un de ces résultats : concordance exacte, non-concordance (une alerte s'affiche avant l'exécution), concordance partielle (la banque indique le nom réellement associé à l'IBAN) ou vérification impossible. Dans tous les cas, la personne qui passe l'ordre garde la liberté d'exécuter le virement malgré l'alerte. La VoP ne bloque donc pas la fraude au président : elle alerte, mais le payeur peut choisir de passer outre, et elle ne protège en rien contre un virement fait au nom réel du fraudeur si celui-ci a ouvert un compte sous une identité qu'il contrôle.

Que dit la loi sur la fraude au président ?

La fraude au président relève avant tout de l'escroquerie, définie par la loi comme le fait de tromper une personne physique ou morale, par l'usage d'un faux nom, d'une fausse qualité ou de manœuvres frauduleuses, pour la déterminer à remettre des fonds à son préjudice. L'escroquerie est punie de 5 ans de prison et 375 000 euros d'amende, la tentative étant punie des mêmes peines selon Service Public. Les peines montent à 7 ans et 750 000 euros dans certains cas aggravés, et à 10 ans et 1 000 000 euros si l'escroquerie a été commise en bande organisée.

Lorsque la fraude s'appuie sur un piratage de messagerie, d'autres infractions peuvent s'ajouter selon cybermalveillance.gouv.fr : l'accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données, puni de 3 ans de prison et 100 000 euros d'amende, porté à 5 ans et 150 000 euros en cas de modification des données, ainsi que l'atteinte au secret des correspondances, punie d'un an de prison et 45 000 euros d'amende. L'usurpation d'identité, quand elle vise à troubler la tranquillité d'un tiers ou à porter atteinte à sa considération, est punie d'un an de prison et 15 000 euros d'amende.

Sur le plan de la responsabilité bancaire, la jurisprudence retient que le virement exécuté par une personne habilitée dans l'entreprise, même trompée, est en principe considéré comme un virement autorisé, ce qui exclut un remboursement automatique. Le débat porte alors sur le devoir de vigilance de la banque : si des anomalies apparentes affectaient les ordres de paiement, la banque peut être tenue d'avoir alerté l'entreprise avant leur exécution.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la fraude au président ?

C'est une escroquerie dans laquelle un fraudeur se fait passer pour le président ou le dirigeant d'une entreprise, ou pour un tiers de confiance comme un avocat, pour obtenir d'un salarié habilité un virement bancaire présenté comme urgent et confidentiel, selon la définition de la DGCCRF.

Quelle différence entre fraude au président et faux fournisseur ?

La fraude au président usurpe l'identité d'un dirigeant pour obtenir un virement exceptionnel présenté comme stratégique. La fraude au faux fournisseur, ou faux RIB, détourne un paiement habituel en annonçant de nouvelles coordonnées bancaires pour une facture qui existe réellement.

Peut-on récupérer l'argent après une fraude au président ?

Une demande de retour de fonds peut être adressée à la banque, avec le récépissé de dépôt de plainte à l'appui, mais aucune récupération n'est garantie, surtout si les fonds ont déjà transité vers un compte à l'étranger. Agir dans l'heure augmente les chances de blocage.

Le virement frauduleux peut-il être remboursé automatiquement par la banque ?

Non. Lorsqu'une personne habilitée dans l'entreprise a validé le virement, même trompée, il est en principe considéré comme autorisé. Le débat porte alors sur le devoir de vigilance de la banque face à des anomalies apparentes dans l'opération.

La vérification du bénéficiaire (VoP) empêche-t-elle la fraude au président ?

Non. Ce dispositif, obligatoire depuis le 9 octobre 2025, alerte quand le nom saisi ne correspond pas à l'IBAN, mais la personne qui passe l'ordre garde la liberté d'exécuter le virement malgré l'alerte.

Qui contacter en urgence en cas de fraude au président ?

La banque en tout premier lieu, pour tenter de bloquer ou de récupérer les fonds, puis le commissariat ou la brigade de gendarmerie pour déposer plainte. Si la fraude fait suite à un piratage de messagerie, le service informatique doit intervenir sans délai.

La fraude au président ne se combat pas avec un logiciel ou un cadenas, mais avec une règle simple appliquée sans exception : aucun virement inhabituel ne part sans un contre-appel sur un numéro connu, quelle que soit la pression exercée par l'interlocuteur. Les entreprises industrielles et du BTP qui travaillent avec des fournisseurs à l'étranger ou qui traitent des paiements exceptionnels restent des cibles de choix pour ce type d'escroquerie, au même titre que celles exposées au vol de chantier et d'outillage. Pour l'ensemble des menaces qui visent les entreprises, la page industrie et BTP régulièrement mise à jour, ainsi que l'accueil d'Alerte Entreprises Nièvre, rassemblent les autres sujets de prévention traités sur le site.

Vous pensez avoir été victime ?

  1. Agissez vite pour limiter la perteAppelez votre banque pour tenter de bloquer ou de rappeler le paiement, faites opposition sur la carte ou les chèques, changez les mots de passe exposés.
  2. Gardez les preuves et portez plainteMessages, factures, relevés, captures d'écran : tout sert. Plainte au commissariat, à la gendarmerie, par courrier au procureur ou en ligne pour certaines escroqueries sur internet. Le détail : porter plainte pour escroquerie.
  3. Faites-vous aider et signalez17Cyber pour une attaque informatique, Info Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit), 33700 pour un SMS frauduleux. Urgence : 17 ou 112.